La mélancolie des Trente Glorieuses

 Au lycée Jules-Renard de Nevers, le débat avant le Grand Débat

Pascale Fleisch, prof d’histoire-géo à Jules-Renard, avait accepté d’organiser une discussion avec ses élèves de seconde pour évoquer un thème abordé lors du Grand débat, « La crise jusqu’à quand?? »

« Depuis qu’on est nés, on baigne dedans »

La crise, c’est d’abord la leur. Ils la voient comme ça, en tout cas. Lou-Andrea la première. « Depuis qu’on est nés, on vit avec elle. On nous met une grosse pression. On nous dit qu’on va peiner à trouver du travail et que de toute façon on n’aura pas de retraite. On n’y est pour rien, nous, dans les choix qui ont été faits. C’est une injustice terrible… »

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Lou-Andréa (au centre), "Depuis qu’on est nés, on vit avec elle" -
Benjamin "L’homme par nature est égoïste et pense à lui avant de penser au bien-être général" - GOBEROT Daniel

La crise, c’est leur héritage. « Pas joli joli… », glisse Claire. Inégalités qui s’accroissent, pouvoir d’achat en berne, désastres écologiques : davantage qu’un sale moment à passer, c’est bien la fin d’un cycle qu’ils ont conscience de voir se dessiner. La fin d’un modèle économique. « L’homme par nature est égoïste et pense à lui avant de penser au bien-être général. Si on laisse faire, sans que l’État n’intervienne vraiment – en taxant les transactions financières par exemple –, le système va exploser », remarque Benjamin. On pense à Axel Kahn et à son idée de réhabilitation du concept d’intérêt général pour sauver le libéralisme.

La mélancolie des Trente Glorieuses

On ne savait pas à quoi ressemblerait cet instantané d’une classe de seconde aujourd’hui. Mais ce à quoi on ne s’attendait pas, c’était le « c’était mieux avant ». Cette mélancolie française des Trente Glorieuses.

Ils ont 15 ans. Tous un smartphone dans la poche. Et reconnaissent passer des heures devant leur ordinateur. Aux dépens des moments partagés. « Sur les réseaux sociaux, on sait tout de la vie des autres sans même les connaître. Mes parents, eux, marchaient 500 mètres pour frapper chez les copains et aller faire un foot… » La crise, ils le confessent, est d’abord là. Au-delà des inégalités de salaires ou du surendettement des États. C’est une crise du lien.

Valérie Mazerolle - Centre France