Education

Fonctionnement, préparation, critiques... : tout savoir sur le grand oral, la nouveauté du bac

C’est LA mesure de la réforme du bac du ministre Jean-Michel Blanquer : le grand oral. Les futurs bacheliers (en filière générale et en filière technologique) passeront cet examen, entre le 21 juin et le 2 juillet. Le Covid-19 a, forcément, entravé la préparation de cette nouvelle épreuve.

Avec cette nouvelle année scolaire touchée par la crise sanitaire, les épreuves du baccalauréat sont, encore une fois, remaniées. Le contrôle continu va prendre le pas sur l'examen final.

 

Les élèves de terminale ne passeront que deux épreuves : la philosophie, le 17 juin, et la grande nouveauté, le grand oral, entre le 21 juin et le 2 juillet.

Le grand oral, c'est quoi ?

C'est la principale nouveauté de la réforme du baccalauréat version Jean-Michel Blanquer (le ministre de l’Éducation nationale). Réforme qui a "effacé" les filières classiques (lettres, sciences, économie) en favorisant le choix de deux enseignements de spécialité (coefficient 16 chacun).

Le grand oral porte également sur ces enseignements de spécialité (qui peuvent être aussi divers que le cinéma, le théâtre, les mathématiques…). Il a un coefficient de 10.

Aussi, la génération qui passe le bac cette année, se sent grandement "sacrifiée", "perdue"...

Entre réforme du bac et crise sanitaire, les lycéens expriment leurs inquiétudes

Les élèves ont préparé deux questions, sur leurs deux enseignements de spécialité. Des questions distinctes ou "transversales", regroupant les deux spécialités.

Comment se passe-t-il ?

L’épreuve du grand oral dure 40 minutes, 20 de préparation puis 20 face au jury qui se découpent ainsi : 5 minutes de présentation sur la question préalablement choisie par le jury, 10 de questions-réponses puis 5 sur le projet d’orientation de l’élève.

Le jury est composé de deux professeurs de matières différentes : un professeur d’une des spécialités (ou un professeur de la spécialité de la série pour la voie technologique) et un professeur de l’autre spécialité ou d’un des enseignements communs ou un professeur-documentaliste.

Pour organiser tout cela, l’Éducation nationale a la possibilité de recourir à des enseignants d’autres académies (pour Dijon, celle de Besançon) pour certaines disciplines artistiques (où les professeurs sont rares, comme le cinéma ou le théâtre).

Comment a-t-il été préparé ?

C'est là que les problèmes commencent. Cette année, avec la crise sanitaire, la plupart des élèves de terminale ont été en cours une semaine sur deux.

Certains professeurs ont fait le choix de préparer les élèves au mieux pour leurs études supérieures quand d’autres ont misé sur le grand oral.

Mais tous les élèves en France, n'ont pas eu le même traitement (notamment dans les lycées prestigieux ou les lycées privés qui, de plus, ont fait apparaître sur Parcoursup que "leurs" élèves ont suivi tous les cours en présentiel...). Ce qui génère, forcément, des inégalités. N'en déplaise à l'Éducation nationale.

Les syndicats, comme le Snes-FSU confirme, par la voix d'Olivier Crouzet : "Il y a aussi les choix des professeurs : certains ont fait le choix de préparer les élèves au mieux pour leurs études supérieures quand d’autres ont misé sur le grand oral."

Ce que des élèves du lycée neversois Alain-Colas ont également relevé. Leurs sujets, ils les ont beaucoup travaillés en autonomie, chez eux, la semaine où ils étaient en distanciel. "L’effet professeur" est encore plus prégnant cette année.

En cours une semaine sur deux : avantages et inconvénients du choix fait par les lycées de la Nièvre

"Certains professeurs, notamment en maths, ont préféré finir le programme pour que l’on soit au niveau pour entrer dans l’enseignement supérieur et ont mis de côté ce grand oral", explique Azad. 

 

"Vraiment, ça dépend des profs, et du coup, c’est très inégal", glisse Charlotte, qui n’a pas encore pu bénéficier de grand oral blanc.

Quelle formule cette année ?

Puisque la préparation au grand oral a été particulière cette année, les conditions de cet examen le sont également.

Ainsi, les élèves auront droit à amener des notes sur leurs sujets. Et, surtout, les professeurs des spécialités indiqueront quelles parties du programme ils n'ont pas pu travailler (évitant ainsi les questions du jury sur des connaissances non abordées en cours).

Des conditions que certains élèves, notamment en sciences, critiquent : "Nous n’avons même pas droit à un tableau pour écrire des formules", explique, par exemple, Lou-Anne.

Pour le syndicat Unsa et son représentant, Maxime Lacroix, "ce grand oral ne devrait être un drame pour personne : la consigne sera que le candidat puisse s’exprimer". En effet, cette année, les courriers de l’Éducation nationale ont tous appelé à la "bienveillance".

Toujours selon Maxime Lacroix, "l’efficacité et l’utilité de cette épreuve du grand oral ne pourront pas être jugées que l’année prochaine".

Quelles sont les principales critiques ?

"C'est une usine à gaz qui, en plus, coûte cher", selon Olivier Crouzet. "Les professeurs doivent se déplacer dans les établissements, et certains vont aller dans d'autres académies."

Le syndicaliste tranche : "On nous appelle à juger du fond quand les différents documents que nous avons reçus jugent la forme… Quel est le sens du bac?? Le bac, il faut le rappeler, est un examen pour certifier des compétences, des apprentissages."

Les élèves vont être interrogés sur leur projet d’orientation. Qu’est-ce que cette question vient faire dans un examen ? Il s’agit de la vie personnelle de l’élève, pas de ses apprentissages !

Or, selon lui, et beaucoup de ses collègues, "on peut faire de l’oral avec des contenus. Alors que ce grand oral est une sorte de concours d’éloquence". Dans lequel des élèves, parfois encore mal à l’aise avec leurs corps et leurs voix, pourront se perdre...

Et, la "goutte d’eau" qui fait déborder le "grand O" pour Olivier Crouzet, ce sont les cinq dernières minutes de l’épreuve : "Les élèves vont être interrogés sur leur projet d’orientation. Qu’est-ce que cette question vient faire dans un examen ? Il s’agit de la vie personnelle de l’élève, pas de ses apprentissages ! Quel est le sens de tout cela ?"

Quels sont les principaux atouts ?

Lors de sa visite à Nevers, Nathalie Albert-Moretti, rectrice de l’académie de Dijon, a confirmé l’état d’esprit de son ministre de tutelle : "Cette épreuve doit servir à travailler l’art de convaincre, doit permettre de retenir l’attention." Des qualités qu’elle juge "essentielles" dans le monde dans lequel les futurs bacheliers vont évoluer.

Émilie Gaume et Noémie Levasseur sont professeures au lycée Raoul-Follereau, à Nevers. Elles ont été formées au grand oral et ont formé, à leur, tour leurs collègues à cette épreuve. Ces deux jeunes femmes constatent régulièrement "le déficit" de leurs élèves sur l’oralité et même sur leurs "interactions sociales".

À l’heure du tout numérique (et des classes surchargées qui empêchent grandement la prise de parole), il semblerait que certains jeunes soient freinés au moment de parler. Y compris dans la vie courante. "Or, dans leur quotidien et dans leur orientation, les élèves seront de plus en plus confrontés à l’oral. Déjà, pour entrer dans des BTS, des lycéens doivent passer des entretiens", avancent-elles.

"Pour le grand oral, il est demandé aux élèves de choisir un thème proche de leurs centres d’intérêt. De ce qu’ils aiment. Et de venir en parler, d’argumenter", plaide Noémie Levasseur. "En sachant que la première chose dans la prise de parole, c’est de savoir écouter", précise Émilie Gaume.

Un "parcours d'oralité" proposé aux élèves de seconde

Évidemment, cette montée en puissance de l’oral dans le système éducatif va perdurer. Émilie Gaume et Noémie Levasseur travaillent déjà à un "parcours d’oralité" qui sera proposé, dès septembre, en seconde. Pas une grande réforme, mais des outils pour favoriser le passage des élèves à l’oral. Par exemple, quand un élève est interrogé, le faire se lever. Un bon exercice : les première minutes du grand oral se passent debout.

Laure Brunet