L'automatisation dans le monde du travail

Published on Saturday, 26 January 2019 01:23 Written by N.Denuit

Conférence de Bernard Stiegler au lycée Raoul Follereau

2019 01 29 Bernard Stiegler 

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Le philosophe Bernard Stiegler, co-fondateur de l’association ars industrialis et président de l’institut de recherche et d’innovation (IRI) du centre Pompidou depuis 2006, s’est rendu le vendredi 18 janvier au lycée Raoul Follereau pour prononcer une conférence sur le thème des mutations dans le monde de l’emploi produites par l’automatisation. Cette intervention, qui s’adressait aux classes de terminale des séries générales, a été l’occasion pour les élèves présents de découvrir une pensée riche, certes complexe et exigeante, mais qui éclaire singulièrement les bouleversements socio-économiques, environnementaux mais aussi psychiques que nous vivons actuellement sous l’effet d’un développement accéléré des technologies.

L’automatisation, dont ce qu’on appelle l’intelligence artificielle constitue une partie, risque de diminuer de manière significative le nombre d’emplois dans les années à venir. Si l’emploi est notre seule source de revenu, cela implique que de plus en plus de consommateurs potentiels deviendront insolvables. Cette insolvabilité pourrait mettre le capitalisme consumériste dans une crise de surproduction. Surproduction et surconsommation qui par ailleurs ne font aujourd’hui qu’accroître la pollution et nous propulser, à en croire B. Stiegler, dans la phase ultime de l’ère anthropocène.
Au lieu de résister, en essayant par exemple de maintenir à tout prix des emplois peu épanouissants, B. Stiegler propose d’inventer. Il veut profiter de cette baisse de l’emploi et de l’automatisation pour promouvoir le travail en développant ce qu’il appelle une « économie contributive ». Travailler, pour notre philosophe, c’est déployer un savoir, qu’il soit théorique, pratique, manuel, et c’est surtout produire de la différence. Si l’automatisation produit de l’uniformisation, le travail désigne ici quelque chose qui ne peut pas être automatisé. Et c’est par un « revenu contributif » inspiré du régime des intermittents du spectacle que B. Stiegler entend rémunérer les individus pour leur permettre de développer leur singularité, leur créativité ; bref, pour leur permettre de travailler.

Voilà qui devrait permettre à nos jeunes d’imaginer l’avenir !